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                                    julie crenn elodie lesourd
                

   Le travail de peinture d’Elodie Lesourd est le résultat d’un long processus : conceptuel, pictural, musical et philosophique. À l’origine, l’installation d’un autre artiste contemporain est exposée. Une photographie de l’œuvre est prise pour témoigner de son exposition.


 Elodie Lesourd s’intéresse spécifiquement à ces images qui attestent à la fois d’une monstration unique et éphémère de l’œuvre, et de sa disparition avec la fin de l’exposition. Les images sélectionnées sont les fruits d’une recherche ardue. Depuis 2004, elle s’impose un cadre et des règles : l’image de l’œuvre répétée doit comporter une référence à la musique (une exclusivité est donnée au rock) et doit avoir un potentiel pictural fort. En ce sens, elle développe un concept inédit, l’hyperrockalisme. Un concept qui lui permet de fouiller l’histoire de l’art pour y déceler les saisissements plastiques de la musique ainsi que pour remttre en cause les concepts d’auteur et d’oeeuvre d’art. A l’éphémérité de l’œuvre originelle, elle répond par la peinture en s’imposant un protocole strict : l’œuvre originelle est rejouée à échelle 1, aucun recadrage n’est effectué, aucune décision subjective quant à la palette chromatique et à la lumière. « Je ne me considère pas comme peintre, je suis une artiste-plasticienne qui utilise la peinture ». Elodie Lesourd peint sur des plaques de médium (un support accessible et autoritaire), sans aucun outil mécanique. La traduction de l’image est précise, impeccable et laborieuse. Elle réclame un savoir-faire et un engagement total de la part de l’artiste.

Ici, pas question d’un appropriationnisme brutal, bien au contraire, Elodie Lesourd demande une autorisation de répétition à l’artiste. Comme dans la pratique de Sturtevant, la figure de l’auteur est respectée et mentionnée. La répétition de l’œuvre engendre une différence, un renouveau. La transposition peinte de la photographie génère non seulement un nouveau statut puisque l’œuvre peinte est une nouvelle œuvre (originale et autonome), mais aussi une pérennité de l’œuvre originelle qui a totalement disparu.

Χάοσ γένέτο (« Chaos geneto » en grec moderne) est la reprise d’une photographie de Be my Baby (2004) une installation de l’artiste grec Dimitris Foutris. L’image ne présente pas l’œuvre dans son ensemble, mais un fragment. A Athènes, une guitare électrique est fracassée contre un mur. La violence des impacts est gravée dans les murs de la salle d’exposition. Cette vision partielle de l’œuvre originale, sa partition, interpelle Elodie Lesourd qui va la transformer en une œuvre nouvelle. Pour qui n’est pas expert, l’œuvre de Foutris y est méconnaissable, la composition relève de l’abstraction. Les indices se trouvent dans le titre de l’œuvre, il nous faut mener l’enquête pour revenir aux origines de la peinture. Χάοσ γένέτο est le titre d’une chanson du groupe de black métal grec Rotting Christ. La peinture, réalisée en 2011, s’inscrit dans un contexte socio-économique violent en Grèce, la genèse du chaos. Rien n’est laissé au hasard. Le moindre indice, le moindre détail, participent au sens de l’œuvre qui convoque une lecture plurielle et complexe.